L’archipel a le rythme de déforestation le plus rapide au monde. La faute à l’huile de palme exploitée à l’excès.
Deuxième producteur d’huile de palme de la planète (après la Malaisie) et dotée d’un vaste territoire, l’Indonésie est idéalement placée pour profiter de la demande croissante de biocarburants
sur le marché mondial. Fin 2006, Jakarta a alloué un budget d’1,1 milliard d’euros pour développer 500 000 hectares de nouvelles plantations cette année. 1,5 million d’hectares
supplémentaires de plantations est planifié pour les trois années à venir. Selon les prévisions, la production d’huile de palme devrait augmenter de 9 % pour atteindre 17,4 millions de tonnes
dont les trois quarts destinés à l’exportation. L’objectif affiché est de ravir à la Malaisie la place de premier producteur mondial.
Emplois. Des firmes privées locales investissent tambour battant dans les plantations, les usines de production de biodiesel et les raffineries. Pour le gouvernement, il s’agit
non seulement d’engranger des devises, mais aussi de créer des emplois au sein d’une population qui compte des dizaines de millions de chômeurs. Sept millions d’emplois devraient être
créés grâce à l’extension des plantations sur les trois prochaines années.
A ces statistiques, des organisations de protection de l’environnement en opposent d’autres, plus sombres. Selon elles, l’ouverture de nouvelles plantations accélère le rythme déjà rapide de la
déforestation dans l’archipel. Dans un rapport publié en mai, Greenpeace a affirmé que l’Indonésie avait perdu 72 % de sa forêt primaire et que certaines espèces de bois rares, comme le merbeau,
auront disparu d’ici trente-cinq ans. L’archipel, rappelle l’organisation, a le rythme le plus rapide de déforestation au monde : chaque heure, une superficie de forêts équivalente à 300 terrains
de football s’évanouit. Ce qui a valu à l’Indonésie une mention dans le livre des records. La Banque mondiale a confirmé, début juin, dans un rapport intitulé «L’Indonésie et le réchauffement
climatique», que la production d’huile de palme était l’une des principales causes de la déforestation. Chaque été, le défrichage au Kalimantan, la partie indonésienne de l’île de Bornéo, et à
Sumatra provoque des brouillards de fumées qui couvrent les pays voisins, de Singapour au sud de la Thaïlande.
Injonctions. Conscients de ces critiques, les gouvernements d’Indonésie et de Malaisie ont décidé d’un commun accord d’organiser une campagne d’information en Europe pour contrer
la perception négative de l’huile de palme. Le ministre indonésien de l’environnement Rachmat Witoelar s’est par exemple engagé à ce qu’aucune nouvelle plantation ne soit ouverte dans des zones
forestières. Mais à cause de la loi de décentralisation de 2001 qui a accordé de larges pouvoirs aux districts, les injonctions du gouvernement central ne sont pas forcément suivies par les
administrations locales. Or, ce sont ces dernières qui ont compétence pour autoriser l’ouverture de nouvelles plantations.
Extrait de libération.fr
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